Eglise

On devrait plutôt intituler cet article « Les églises de Montbrun » puisqu’il y en a eu plusieurs.  Deux ont disparu, une dont on connaît le site et l’autre dont le lieu d’édification est plus vague. Enfin il existait aussi deux chapelles. 

Le vallon de Prestin

Durant le haut moyen âge, le premier village ou plutôt groupe d’habitations se situait dans le vallon de Prestin, c’est-à-dire là où se trouve actuellement le vieux château des seigneurs de Montbrun. Ce furent les premiers défricheurs des terres de Montbrun, ils occupèrent d’abord les vallons inférieurs issus de la vallée de l’Hers avant, peu à peu, d’investir les vallons supérieurs puis de s’installer sur les hauteurs. En effet on constate que ce vallon est le seul de la commune en relation directe avec la vallée principale de Castanet et Montgiscard.

Montbrun le Vieux

Ces bûcherons, laboureurs fondèrent un hameau qui fut désigné comme étant celui de San Andraeas de Montebruno. (Saint André de Montbrun). Montebruno, le mont brun en question étant le mamelon qui, non encore défriché, lui conférait cette teinte rousse. L’église de ce hameau y fut construite, les maisons en contrebas. L’église domine comme une protection.
Cette église attira vers elle les habitants qui construisirent le deuxième village de Montbrun, celui que nous appelons aujourd’hui Montbrun Le Vieux. L’église prit le nom de Saint Michel. Nous sommes aux environs du Xème, XIème siècle.  Ce coteau, point élevé, domine la vallée, il fut un centre de vie agricole. Ces terres appartenant à une famille seigneuriale comportaient un château. Cette famille De Montbrun avait une importance dans le secteur au même titre que celles des De Roqueville (famille dont les membres se convertirent au catharisme et dont certains furent immolés). Cette famille des De Montbrun survivra, bon an mal an, après la croisade contre les cathares jusqu’au XVème siècle bien que n’ayant plus voix au chapitre depuis la fin du XIIème siècle lorsque le Roi de France fit don à l’évêque de Toulouse de terres de Montbrun leur conférant le titre de Baronnie.

Montbrun avait l’importance d’un chef lieu de district religieux (la temporalité) et était le centre des possessions de l’évêque dans le Lauragais. Ainsi on peut considérer comme faisant partie de la Baronnie de Montbrun les lieux suivants : Montbrun, Vallègue, Péchabou, Roqueville, Corronsac, Donneville, Montgiscard, Pompertuzat, Castanet.  De tous ces villages, l’évêque était le seul seigneur, en ce qui concerne la justice, les terres (seigneur foncier), le  temporel  et le spirituel. Il nommait le prévôt qui était chargé de le  représenter, le châtelain chargé de défendre les droits féodaux du seigneur et le curé de la paroisse. C’est  l’importance de la circonscription territoriale qui lui conférait le titre de Baron de Montbrun.
L’église subit des dégâts importants lors des troubles liés à la guerre de Cent Ans et la chevauchée du Prince Noir au XIVème siècle. Elle brûla aussi au XVIème lors des ravages dus aux guerres de religion. L’incendie est attribué aux Huguenots mais on sait que certains bandits en profitèrent pour commettre de nombreuses exactions sans être pour autant des protestants.

Cette première église de Montbrun se composait d’un sanctuaire et de deux chapelles attenantes formant le transept, le reste de la nef ne comportait pas de voûte et laissait apparaître la charpente.  Un clocher mur percé de trois arcades surmontait le porche d’entrée.
Cette église était située sur le flanc du mamelon qui fait directement face à la vallée. Elle était entourée d’un cimetière, sauf devant le porche où était une place qui servit de lieu de réunion des habitants du bourg jusqu’après la Révolution.
L’église de Montbrun servit durant la Révolution Française de lieu de réunion des habitants sous la houlette des premiers maires. Elle fut aussi, outre  celui de la mairie, le lieu des cérémonies du culte de la Raison puis de l’Être Suprême. Les ornements de l’église, l’argenterie furent dispersés. L’autre église située sur la commune à Lissac, appartenant aux Chevaliers Saint Jean de Jérusalem fut aussi intégrée aux biens communaux.
Des trois cloches, deux furent envoyées à la fonderie de Toulouse, une resta en place. Elle a été transférée dans le clocher actuel.
Au début du XIXème siècle, l’église rendue au culte catholique fut peu à peu regarnie avec les objets du culte et une décoration payée par la commune et surtout par la générosité des habitants. Certains pensent qu’au moment de la Révolution les objets furent dissimulés et ressortirent lorsque les temps le permirent.

L’église actuelle

Une délibération du conseil municipal du 10 août 1863, présidé par le maire M. Armaing décida la démolition de l’église de Montbrun le Vieux (qui demandait beaucoup de travaux pour sa remise en état) et la construction d’une nouvelle au lieu dit l’Houm, lieu de passage où se trouvait déjà la mairie et l’école. Cela ne se fit pas sans une certaine opposition notamment par les habitants de Montbrun le Vieux.  Les matériaux devaient être récupérés sur l’ancienne pour l’édification de la nouvelle. Cela permit la mise en place d’un centre de village neuf en rejoignant ainsi la mairie et la maison d’école  installées depuis quelques décennies sur ce lieu.
Le plan et le devis (10 188 F)  sont présentés par M.  Eugène Pinel architecte et approuvés. Le terrain était offert par M. Roque (propriétaire du château de Lannes).
Le financement comportait une augmentation de l’imposition locale, un prêt de 4000 F auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations et le montant d’une souscription  (6 188 F).
Les plans ne furent pas acceptés par le Conseil des Bâtiments Civils de la Haute Garonne, un nouveau projet fut élaboré par un autre architecte M. Auguste Delort, accepté par le conseil municipal en novembre 1864 et par l’administration.
Le 27 août 1865, le conseil municipal délibéra sur la construction d’un presbytère. Son financement se fit avec les recettes des ventes aux enchères publiques de différents biens communaux (ancien presbytère de Montbrun le Vieux, terrains communaux et ancien cimetière de Lissac.)
La démolition de l’église de Montbrun le Vieux est achevée début 1866, et le 7 juillet de cette année, il est décidé le transfert du cimetière sur un terrain situé derrière l’église nouvelle.
Le devis fut dépassé pour plusieurs raisons :
1.                les matériaux de l’ancienne église ne permettaient pas de construire en totalité la nouvelle (briques abîmées, charpente inutilisable)
2.                Modification du projet initial par l’adjonction d’un porche à l’entrée de l’église (pour abriter les fidèles, nettoyer la boue des chaussures, se rencontrer et se saluer hors l’église.)

Le montant total s’éleva à 16 462 F.

Que reste-t-il à Montbrun le Vieux?

Sur place à Montbrun le Vieux, on ne trouve plus maintenant que les restes du porche d’entrée.  Un monument souvenir a été érigé. Il comporte deux inscriptions l’une « en mémoire aux anciens habitants de Montbrun » l’autre « à la mémoire de Sophie Jeanne et Julie Laupies ». Enfin y sont adossées 3 petites pierres tombales de la famille Gros.

Au village

La construction d’un nouveau bâtiment abritant école et mairie fut décidée.

Ce sont ces projets concomitants qui permirent à Montbrun d’avoir cet ensemble symétrique de trois bâtiments : le presbytère, l’école – mairie se faisant face de part et d’autre de l’église.
La totalité des travaux fut terminée en 1873.

En 1989, des travaux permirent la rénovation du presbytère qui devint Mairie, permettant ainsi à l’école d’occuper l’ensemble du rez-de-chaussée.

Le clocher de l’église Saint Michel de Montbrun a été bâti sur le modèle de l’abbatiale de Saint Sernin de Toulouse comme tous les clochers de celles bâties ou rénovées au XIXème siècle (Escalquens, Corronsac…) C’est un véritable point de repère dans le paysage des coteaux. Il surmonte un porche ouvert sur trois côtés protégeant la porte  d’entrée. Quatre clochetons l’encadrent. L’horloge après maintes réfections a été remplacée en 2005. Le clocher est un octogone comportant deux étages d’abat-son en bois. Une terrasse le couronne. La rosace dont il ne reste que les côtés en vitraux colorés, donne sur une pièce au-dessus du porche. L’adjonction de ce porche qui n’était pas dans les plans de départ a décalé la rosace qui ne donne pas dans la nef de l’église alors qu’elle devait être visible depuis l’intérieur. Dans le clocher sont suspendues deux cloches, l’une (la plus petite) venant de l’ancienne église de Montbrun le Vieux  qui a été fondue en 1573 dans la fonderie Poncet à Toulouse. L’autre la plus grosse a été fondue en 1868 dans la fonderie Louison à Toulouse. Elle a été donnée par M. Louis Roques qui en est le parrain, son épouse Joséphine en est la marraine. Tous ces éléments sont inscrits sur la cloche.

Saint Jean de Lissac

Sur l’église Saint Jean de Lissac, on n’a que peu de documents. Sa date de création est elle aussi imprécise, mais vraisemblablement vers le début du XIIème siècle.  Géographiquement on peut la situer vers Roumieu. Des restes d’un oratoire en brique et une croix en fer en sont peut être les maigres souvenirs.  Cette église parfois nommée chapelle possédait quelques tableaux qui sont connus par une description faite lors d’une visite sur le domaine des Chevaliers Saint Jean de Jérusalem par les commissaires visiteurs généraux du prieuré de Toulouse en 1680.
Ces tableaux représentaient :

  • St Jean Baptiste avec un sur-ciel de toile peint en bleu parsemé d’étoiles avec un agneau pascal au milieu.
  • Le Christ en croix avec la Vierge Marie et Saint Jean
  • Sainte Rose.

Autour de l’église se trouvait un cimetière. C’est le même curé qui  parfois dessert l’église de Montbrun, celle de Lissac et celle d’Espanès.
Ce domaine continua d’être administré par les représentants de l’ordre des Chevaliers de  Saint Jean jusqu’à la Révolution Française où il devint bien national. Certains témoignages montrent qu’à la veille de la Révolution elle était dans un piètre état.  Elle est détruite sur ordre de la municipalité en 1794, les matériaux sont vendus aux enchères publiques. Le terrain du cimetière, le bois de ses arbres, sont vendus aux enchères en 1876, sans doute le revenu de ces ventes permit il aussi de régler les dépenses relatives à la nouvelle église de Montbrun.

Autres chapelles

Dans les textes d’archives, il est fait mention de deux chapelles qui aujourd’hui n’existent plus et dont on a du mal à connaître l’emplacement exact.

  • L’une nommée chapelle Saint Pierre de Gailhan ou de Gailhac était vraisemblablement située entre Montbrun le Vieux et Corronsac sur la crête. Elle est mentionnée dans des documents du XIVème siècle.
  • L’autre nommée chapelle Notre Dame de Montan se situait entre Montbrun et Espanès, sur un promontoire. Elle est mentionnée comme étant en ruine dans des documents de la fin du XVIème siècle.

Bibliographie

  • Monographie de la commune de Montrun par l’instituteur B. Perruc 1879-1863
  • Léon Galibert : Histoire de la baronnie et du consulat de Montbrun 1863 réédité en 1986
  • Raymond Corraze : La baronnie épiscopale de Montbrun 1934
  • Archives de la Mairie de Montbrun Lauragais : registre des délibérations du conseil municipal.
  • Jacques Gironce : Eglises et chapelles de Haute Garonne Canton de Montgiscard, Editions Empreinte, 2005
  • « Lo Pistarel » : bulletins municipaux annuels (2001, 2002, 2003, 2004)